Vous traversez des colères tonitruantes, des “non” en rafale et ce fameux moment où vous avez envie de “marquer le coup”. On vous voit, on vous comprend. Ici, on démêle le vrai du faux (pourquoi la punition donne l’illusion d’être efficace) et on rappelle quoi faire pendant le terrible two pour aider vraiment votre enfant à 2–3 ans sans casser le lien ni lâcher le cadre.
Avant tout : on prend soin de vous
Le Terrible Two n’a rien d’une défaillance parentale, c’est une étape normale d’affirmation. La pression du regard des autres – au parc, chez les grands-parents, au supermarché – nous pousse souvent vers les réflexes rapides : punir, crier, menacer. Cette pression n’est pas une preuve que vous “élevez mal”, c’est un stress social. On respire : on va poser un cadre clair et bienveillant, sans s’excuser d’être fermes sur la sécurité, le respect des personnes, les règles simples du quotidien.
Punir pendant le Terrible Two : pourquoi ça “marche” en apparence… mais pas en profondeur
Sur le moment, punir stoppe souvent le comportement ; en réalité, cela produit surtout de l’obéissance par peur, pas de l’apprentissage. Les recherches décrivent des effets connus : honte, baisse d’estime de soi, ressentiment, escalade de comportements plus tard. La punition s’occupe du symptôme, pas de la cause ; l’enfant retient le stress et la peur du parent plutôt que de comprendre la règle.
Quand le lait bout, on n’essaie pas de mettre un couvercle pour empêcher le lait de déborder ; on éteint le feu sous la casserole.
Isabelle Filliozatconférence Au cœur des émotions de l’enfant
Côté cerveau, à 2–3 ans le cortex préfrontal — le frein qui aide à réguler les impulsions et à prendre du recul — est encore immature. Punir active le stress et ralentit la maturation des circuits émotionnels : le comportement de l’enfant s’arrête, mais à moyen terme cela freine justement ce qui permettra d’éviter de recommencer. À l’inverse, l’empathie et l’apaisement soutiennent cette maturation : plus l’enfant est aidé à nommer ce qu’il ressent et à revenir au calme, plus ses circuits d’autorégulation se construisent.
Plus globalement, humiliations, menaces et punitions répétées “impriment” des circuits de stress et sont associées à des troubles émotionnels et comportementaux ultérieurs. Cela ne veut pas dire que tout est joué au premier cri, mais que notre manière récurrente d’agir modèle la maturation cérébrale.
“Éducation positive = enfant roi” ? On démêle
Refuser la punition ne veut pas dire “laisser faire”. Dans l’approche Montessori, la liberté n’est jamais synonyme de laxisme : elle s’exerce dans un environnement préparé, avec des règles simples qui protègent le groupe. La discipline recherchée est active : on apprend à se maîtriser par l’action, la répétition et la responsabilité, pas par la peur.
Montessori est limpide : l’objectif est de respecter la personnalité de l’enfant, de ne pas entraver son activité spontanée, et de lui préparer un milieu approprié pour faire “juste” par lui-même. Liberté et règles coexistent ; “plus d’autorité adulte” n’équivaut pas à “moins de cadre”, cela signifie : mieux calibrer notre intervention pour laisser la place à l’auto-discipline.
Le regard Montessori : viser la discipline intérieure, pas la discipline imposée
Dans les “Maisons des Enfants”, la discipline n’est pas le silence immobile ; c’est un maîtrise de soi qui naît de l’activité libre et du respect du milieu. Un enfant discipliné n’est pas “anéanti” et muet : il suit une règle de vie parce qu’il y adhère et qu’il en voit le sens.
D’où une conséquence logique chez Montessori : à mesure que l’enfant conquiert autonomie et contrôle de soi, récompenses et punitions n’ont plus de place comme moteurs éducatifs. L’enjeu devient la satisfaction interne d’agir adéquatement et la fierté d’appartenir au groupe.
Ce climat s’obtient par une organisation concrète du travail et de l’environnement : meubles à sa taille, matériel qui canalise l’énergie, règles sociales simples (attendre un matériel, ranger à sa place), modèles d’entraide. La discipline apparaît alors comme résultat de la liberté bien utilisée, non comme contrainte extérieure.
Concrètement, dans la pédagogie Montessori avant même les “plateaux”, on apprend des gestes qui protègent le cadre commun : déplacer une chaise en silence, dérouler puis enrouler son tapis pour délimiter sa zone de travail, ne pas marcher sur le tapis de son frère ou sa soeur. Cela respecte l’enfant, l’environnement et les autres, à l’opposé de l’idée reçue d’une éducation laxisme.
“On a été punis et on n’en est pas morts” : oui… mais à quel prix ?
Ce discours est culturellement ancré ; beaucoup d’adultes reproduisent ce qu’ils ont reçu, convaincus que “c’est la bonne éducation”. On sait désormais que la VEO (violences éducatives ordinaires : cris, humiliations, gifles, menaces, punitions) laisse des traces : plus d’anxiété, d’agressivité, de repli, et un apprentissage relationnel biaisé vers le rapport de force. On peut faire autrement, sans renoncer à la fermeté.
Ok, on fait comment à la place ?
Les 6 réflexes utiles
- Stopper le geste dangereux/agressif, physiquement si besoin, avec une voix posée.
- Nommer l’émotion : “Tu es très en colère / frustré·e”.
- Dire la règle en peu de mots : “Ici, on protège les corps / la nourriture reste sur la table”.
- Offrir 2 choix compatibles avec la règle : “Tu lances le coussin ou tu serres mes mains très fort ?” / “Tu finis ou tu me donnes ton assiette ?”
- Réparer quand c’est possible : aider, essuyer, vérifier l’autre.
- Prévenir la suite : routines visuelles, anticipations, coin apaisant proposé.
Ces gestes remplacent la punition par conséquences logiques, claires et non humiliantes, ce qui permet à l’enfant de comprendre et d’assumer.
Scénarios du quotidien
- “Il tape” : vous bloquez doucement les mains : “Je t’arrête ; je ne te laisse pas faire mal. Tu es fâché·e. Ici on protège les corps.” Quand la tempête baisse : “Tu peux serrer le coussin / venir contre moi / demander autrement.” Puis on répare (aller voir l’autre, soigner, s’excuser, nettoyer). Le calme adulte favorise l’imitation… du calme.
- “Il jette la nourriture” : “La nourriture reste sur la table. Tu peux finir ou me donner l’assiette : tu choisis.” On implique à nettoyer sans sarcasme : c’est une conséquence logique, pas une punition.
- “Refus de s’habiller” : on offre de vrais choix : le pantalon jean ou le jogging, dans ta chambre ou dans la salle de bain, maintenant ou après le pipi. On anticipe avec un visuel d’étapes et on prévoit 5 minutes tampons. (limiter le “non” réflexe, préférer des choix clairs)
Un coin pour s’apaiser, pas pour mettre “au coin”
On peut proposer un espace retour-au-calme (tapis, coussin, sablier, panier sensoriel), proposé et non imposé : l’idée n’est pas d’exclure, mais d’aider le corps à redescendre. Chez les plus grands, une “pièce des émotions” ou un “coussin de la colère” peut être ritualisé pour crier, taper le coussin, respirer, puis revenir apaisé.
Prévenir vaut mieux que punir (Montessori inside)
On baisse l’obstacle : patères à hauteur, chaussures accessibles, marchepied dans la salle de bain, set “vie pratique” (verser, transvaser, essuyer) pour canaliser l’énergie dans l’utile. Moins de luttes de pouvoir quand l’environnement permet de faire seul.
Fermeté non négociable : où et comment
La sécurité (routes, prises électriques, violences), l’intégrité des personnes, quelques règles de vie commune : ces points ne se négocient pas. La posture change tout : voix posée, phrase courte, geste clair, on tient la règle sans humilier ni dramatiser. C’est ainsi que naît la vraie autorité : juste, stable, prévisible.
Et quand vous craquez ?
Ça arrive, surtout quand on est soi-même épuisée, pressée, jugée. On répare : “Je me suis emportée, je vais faire autrement », on s’excuse auprès de son enfant si besoin. Puis on ajuste l’organisation : routines visuelles au rush du matin, collation plus tôt si la faim déclenche tout, temps de retour au calme en rentrant de la crèche. C’est un déconditionnement culturel : petit pas par petit pas, on garde le cap.
Encadré “à garder sur le frigo”
- Nommer l’émotion
- Stopper le geste
- Dire la règle
- 2 choix compatibles
- Réparer
- Prévenir (routines, coin calme)
Suggestions Mioveli (discrètes & utiles)
- Affiche de routines + pictos (habillage, départ maison) : pour anticiper et réduire les “Non” réflexes.
- Tapis + panier sensoriel (sablier, bouteille à paillettes, petite balle antistress) : pour le coin apaisant.
- Set de ménage enfant, plateaux de transvasement, marchepied stable : canaliser l’énergie dans la vie pratique et nourrir la discipline intérieure.
(On les introduit naturellement au fil de l’article : jamais “achetez”, toujours “voici ce qui aide”.)
Ce que vous devez retenir
Montessori nous rappelle que la discipline vient de l’intérieur quand l’enfant est autorisé à agir, s’exercer, se tromper, réparer, recommencer. Notre rôle : préparer le milieu, dire la règle simplement, accompagner l’émotion, et tenir la barre sereinement. La punition donne parfois le sentiment d’avoir “fait quelque chose”, mais ce n’est pas ce “quelque chose” qui construit les neurones de l’auto-contrôle ; c’est la liberté guidée dans un cadre clair, répétée jour après jour.
Questions fréquentes des parents
Refuser la punition, c’est être laxiste ?
Non. Le cadre reste ferme, mais la voie pour y conduire est respectueuse : consignes brèves, choix limités, réparation, environnement préparé.
Les conséquences logiques, ce n’est pas une punition déguisée ?
Non si elles sont liées à l’acte, expliquées en amont, appliquées sans humiliation. Sinon, on retombe dans la peur.
Et si votre enfant recommence ?
On répète posément, on renforce l’environnement et l’anticipation, on aide à réparer, on accompagne l’émotion. La répétition calme apprend mieux que la menac
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